samedi, 19 octobre 2013 13:30

Les victimes musulmanes disent que la police birmane a aidé les assaillants

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Les victimes musulmanes disent que la police birmane a aidé les assaillants

 

3 octobre 2013 - Des hommes musulmans assis devant une mosquée détruite lors de l'attaque des bouddhistes, dans le village de Thabyuchaing, à Thandwe (Photo AP/ Khin Maung Win)

3/10/2013 - Des musulmans assis devant une mosquée détruite lors de l'attaque des bouddhistes, dans le village de Thabyuchaing, à Thandwe (Photo AP/ Khin Maung Win)


Thandwe, Birmanie (AP) - Alors même que le président était venu à l'ouest de la Birmanie pour exhorter à une fin de la violence sectaire la semaine dernière, les forces de sécurité n'ont pas pu empêcher les foules de bouddhistes [extrémistes] d'incendier les maisons de la minorité musulmane ou de les battre à mort, parfois, sans le vouloir, même les encouragent.

 

Cela a soulevé des interrogations quant à la capacité du gouvernement à étancher une souche virulente de la haine religieuse, blâmée pour la mort de plus de 240 personnes au cours des 18 mois derniers. Cinq musulmans ont été tués dans l'attaque, mardi, dans le canton de Thandwe, quelques heures avant que l'avion du Président Thein Sein n'ait attiré, pour une visite prévue. Il a promis une enquête immédiate et, avec une célérité qui leur était peu commune , les médias officiels, ont rapporté, samedi soir, que 44 suspects avaient été arrêtés, bien que peu d'autres détails ont été révélés.

 

Pourtant, alors que des soldats marchaient, dans les rues poussiéreuses dans le village le plus touché de Thabyuchaing, des semi-automatiques en bandoulière sur leurs épaules, Myint Aung et les autres résidents musulmans avaient peur.

 

Ils ont dit que les autorités avaient eu plein d'occasions d'empêcher une série d'attaques mardi, chacune plus brutale que les autres, mais n'ont rien fait. Plus de 110 maisons ont été incendiées, et près de 500 personnes se sont retrouvées sans abri. Initialement, les foules comptant 150 bouddhistes [extrémistes] sont entrées avant l'aube, ont mis une maison en feu, mais les résidents musulmans ont réussi à les repousser, a déclaré le témoin âgé de 52 ans, debout devant une mosquée et plusieurs maisons calcinées. 

 

La police a arrêté trois suspects peu après, mais les a relâchés presque immédiatement après des menaces de nouvelles violences, a-t-il dit. Bien que la police ait promis la protection des villageois musulmans - et les a désarmés et leur a ordonnés de rentrer chez eux - les bandes sont revenues en plus grand nombre à 9h30, puis de nouveau à 14h30. Parmi les morts, il y avait une femme âgée de 94 ans et un homme âgé de 89 ans, tous deux trop vieux pour courir, chacun [découvert lardé] de plusieurs coups de couteau.

 

«Nous n'avions aucun moyen de nous protéger", a déclaré Win Myint, 51 ans, un autre résident, debout devant sa maison démolie, faisant écho aux plaintes entendues par les victimes dans d'autres attaques à travers l'état.

 

«Et la police n'a rien fait. Elle a juste regardé. Maintenant, tout le monde vit dans la peur ". Dans une interview avec l'Associated Press à New York, le ministre des Affaires étrangères Wunna Maung Lwin a nié les accusations que les forces de l'ordre ou les troupes gouvernementales n'avaient pas pris les mesures nécessaires.

 

Il y avait plus de violences sectaires en Birmanie, samedi soir , cette fois-ci, dans la région méridionale du delta : la police et les résidents ont rapporté que les hordes de bouddhistes avaient détruit un ensemble de maisons de musulmans. C'était la première fois que les troubles sectaires avaient été constatés dans la région depuis le début des violences en Juin 2012.

 

Les violences dans la ville de Kyaunggon, [située] à environ 120 kilomètres à l'ouest de la principale ville de Yangon, sont survenues après la propagation de rumeurs qu'une jeune fille de 14 ans aurait été violée par un homme musulman. Myint Soe, habitant du Kyaunggon, a dit que les hordes ont détruit la maison du suspecté du viol, ainsi que la maison d'un autre homme musulman ailleurs dans la ville. La police a confirmé la violence et a indiqué que Kyauggon était calme dimanche.

 

La Birmanie, un pays à majorité bouddhiste de 60 millions d'habitants, est en pleine transformation politique extraordinaire, après un demi-siècle [sous le règne] d'un régime militaire brutal. Cependant, une plus grande liberté d'expression a eu un côté sombre, exposant la haine profonde envers les musulmans qui, alimentée par des moines radicaux, a déclenché les premières attaques dans l'État occidental d'Arakan [Rakhine], puis de Meikhtila dans le centre du pays à Lashio, près de la frontière chinoise.

 

En vertu du [nouveau processus] de démocratisation, une force de police mal formée et mal équipée - composée presque exclusivement de bouddhistes - est désormais chargée de faire face aux violences sectaires, l'armée, quant à elle, intervient uniquement sur demande des autorités civiles ou pendant les états d'urgence.

 

Les résultats, à plusieurs reprises, ont été désastreux. "D'après les faits présentés, il semble que la police n'a pas réussi à faire son travail correctement", a déclaré Jim Della-Giacoma, le directeur du programme Asie de l'International Crisis Group, un organisme de recherche.

 

''Mais ici, il ne s'agit pas seulement de la faute des autorités", a-t-il dit. «La communauté est agacée par les extrémistes. Rien ne justifie une telle violence."

 

Les tensions ont commencé à Thandwe, il y a une semaine, quand un chauffeur de taxi bouddhiste a accusé un propriétaire de boutique musulmane d'être offensant, lors d'une dispute pour une place de parking.

 

Plusieurs maisons ont été incendiées ou endommagées dans les heures qui ont suivi, et plus tard mardi, la colère a éclaté en des violences de masse.

 

Thein Sein a été repris par les médias officiels en disant qu'il était «suspicieux sur les motifs» de ceux qui ont transformé une dispute banale et un crime ordinaire à des affrontements raciaux et religieux."

 

"Selon les preuves en main, les émeutiers qui ont mis le feu aux villages sont des gens de l'extérieur", a-t-il dit. «La participation de tous est nécessaire pour exposer et arrêter ceux qui ont été impliqués dans l'incident et ceux [les instigateurs] qui sont derrière le conflit»

 

"Des mesures seront prises conformément à la loi, sans discrimination fondée sur la race et la religion", a-t-il déclaré.

 

Dans ce qui apparaît être une rare critique du mouvement "969", un rapport des médias officiels a indiqué que certains organismes avaient distribué des drapeaux religieux, qui ont été accrochés devant des milliers de maisons et de commerces appartenant aux bouddhistes.

 

La campagne ''969'', menée par des bouddhistes [extrémistes], s'est enracinée à l'échelle nationale avec ses partisans exhortant les bouddhistes à ne fréquenter que des commerces bouddhistes et à éviter le mariage avec des musulmans ou de leur vendre des maisons.

 

Des panneaux d'affichage avec le logo ont été vus, alignant les routes cahoteuses.

 

Les Musulmans de Thandwe et des alentours ont également blâmé les gens de l'extérieur, confirmant qu'ils avaient cohabité paisiblement côte à côte avec les bouddhistes depuis des générations et qu'ils n'auraient jamais imaginé qu'il pourrait en être autrement. «Maintenant, tout à coup, quelqu'un qui croit en l'Islam est considéré comme l'ennemi", a déclaré U Win Myint, un membre de la minorité ethnique musulmane Kaman. «Ils nous ciblent seulement pour nos croyances."

 

D'autres ont spécifiquement accusé les 969 et les "Rakhines du Nord." Zaw Lay Khar, 62 ans, qui a perdu sa mère dans l'attaque, a décrit comment des foules brandissant des épées et des couteaux sont venus dans le village. «Il n'y avait rien que nous puissions faire, à part courir», a-t-elle dit, ajoutant que si les visages des assaillants étaient en grande partie inconnus, elle a vu des voisins bouddhistes désignant les maisons des musulmans.

 

«Je ne sais pas comment c'est arrivé», dit-elle.

 

Par Robin McDowell - Associated Press

Lire l'article en anglais, cliquez ici

Traduit de l'anglais par le Collectif HAMEB

Lu 3567 fois Dernière modification le mercredi, 23 octobre 2013 19:10

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