mardi, 19 août 2014 20:04

Le nettoyage ethnique des Rohingyas n'est pas un ''incident de parcours''

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rohingya campUn  camp de déplacés Rohingyas dans l'Etat d'Arakan (Photo: UK FCO)

 

Par MARK FARMANER - Huffington Post UK

 

Quatre ans après le début du processus de réforme, la Birmanie affiche toujours l'un des pires bilans au monde en terme des droits de l'Homme. En effet, les violations des droits de l'homme, qui enfreignent le droit international, n'ont fait qu'augmenter, avec preuve à l'appui de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité, d'un nettoyage ethnique et même de signes précurseurs d'un génocide, tout cela sous la présidence de Thein Sein.

 

Ces violations ne s'inscrivent pourtant pas facilement dans le scénario de la « transition vers la démocratie » qu'essaie de présenter le gouvernement britannique sur la Birmanie.

 

Alors quand le ministre d’État britannique des Affaires étrangères et député Hugo Swire est confronté à l'incohérence des allégations de réforme et aux violations des droits humains toujours en cours sur le terrain, il fait face à un problème. Il semblerait que la solution que les diplomates britanniques et américains ainsi que le reste de l'Europe ont convenu d'adopter est de considérer ces abus comme des "incidents de parcours". « Aucune transition ne sera facile », disent-ils. « Bien sûr qu'il y aura des revers de temps à autre », indiquent-ils. « Être cynique n'entraînera aucun changement », soulignent-ils. « La démarche globale suivie est en bonne voie », affirment-ils.

 

La dernière phrase est peut-être la plus révélatrice. Ce qu'ils essayent de nous faire comprendre, c'est que tant que les réformes menées par le gouvernement se poursuivent, ils ne vont pas laisser ce qui arrive aux Rohingyas influencer leur politique de renforcement des relations avec le gouvernement birman. Pensez à comment le gouvernement birman va interpréterer ce message. C'est littéralement leur donner carte blanche de faire ce qu'ils veulent des Rohingyas. Et comme nous l'avons vu depuis 2012, ils usent de cette carte à chaque occasion.

 

Avant même que le processus de réforme n'ait commencé, la communauté internationale était du même avis pour qualifier la situation des Rohingyas d'inacceptable. Ils sont apatrides et ont souffert d'une violente répression plus que n'importe quel autre groupe ethnique en Birmanie.

 

Depuis le début des réformes, la situation des Rohingyas s'est considérablement détériorée. Ils ont fait l'objet de deux violentes attaques de grande envergure. Human Rights Watch a recueilli des preuves à propos de violations des droits de l'homme, pouvant constituer des crimes contre l'humanité et être qualifiées de nettoyage ethnique. HRW a également mis en évidence l'implication de l’État dans ces violations. Le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la Birmanie a indiqué que les politiques gouvernementales à l'encontre des Rohingyas pouvaient constituer des crimes contre l'humanité. United to End Genocide a déclaré qu'il y avait désormais des signes avant-coureurs d'un génocide contre les Rohingyas en Birmanie.

 

Ces violations du droit international ne peuvent pas être simplement considérées comme des ''incidents de parcours''. Le nettoyage ethnique, le déplacement forcé de 140 000 Rohingyas, et les restrictions sur l'aide humanitaire attribuée aux déplacés Rohingyas, entraînant d'énormes souffrances et davantage de morts, ne sont pas de simples ''incidents de parcours'', ainsi qualifiés par le député Hugo Swire.

 

Sur une génération de dirigeants birmans, le Président Thein Sein a été le plus ouvertement opposé aux Rohingyas. Il a apporté son soutien à ceux qui appellent à l'expulsion des Rohingyas de la Birmanie, demandant à l'ONU d'aider à réinstaller les Rohingyas dans des pays tiers. Il a publiquement défendu U Wirathu, l'une des principales voix contre les Rohingyas et les musulmans en général. Il a catégoriquement refusé de réformer la Loi de 1982 sur la citoyenneté, qui est incompatible avec le droit international et qui constitue une violation des obligations découlant des traités des Nations Unies signés par la Birmanie.

 

Il y a aucun doute que les Rohingyas de Birmanie sont pris dans une spirale infernale. Cette année-même, on a vu des organismes d'aide humanitaire se faire expulser de l’État d'Arakan ou contraints de fuir les attaques. Les restrictions officielles et non officielles sur l'aide humanitaire ont augmenté. Des centaines de prisonniers Rohingyas, qui n'ont pas bénéficié d'un procès équitable après avoir été arrêtés à la suite des attaques de 2012, sont toujours en prison. Le Président Thein Sein est revenu sur sa promesse d'autoriser les Rohingyas de s'auto-identifier comme Rohingya lors du récent recensement, qui a été financé par le gouvernement britannique.

 

Cette spirale infernale continue n'a pas incité Hugo Swire à revoir la politique de la Birmanie. Promouvoir le commerce demeure sa priorité et la formation inconditionnelle de l'armée birmane se poursuivra.

 

Pour sa défense, le gouvernement britannique affirme qu'il aborde ces questions avec le gouvernement birman, ce qui est vrai. Mais, le Président Thein Sein et ses ministres sont d'excellents tacticiens. Depuis des décennies, ils manipulent la communauté internationale avec grande habileté. Ils savent parfaitement où se situe la priorité du gouvernement britannique, et qui n'est pas d'arrêter les violations du droit international que subissent les Rohingyas. Ils savent, qu'il en va de même pour l'Union Européenne, les États-Unis et l'Australie. Aucun n'est prêt à changer sa politique de partenariat avec le gouvernement birman par égard pour cette minorité musulmane.

 

Le gouvernement birman va donc poursuivre sa politique de répression contre les Rohingyas, cherchant à rendre leur condition tellement insupportable qu'ils finissent par quitter le pays. Les violations des droits de l'homme continueront, l'apartheid qui sévit s'enracinera, des milliers d'autres Rohingyas se noieront en essayant de fuir la Birmanie, et davantage d'enfants Rohingyas mourront à cause des restrictions sur l'aide humanitaire. Mais pour Hugo Swire, ces enfants morts constituent seulement d'inévitables incidents de parcours, la démarche globale suivie est en bonne voie, les entreprises britanniques décrochent des contrats de fourniture d'électricité avec le gouvernement birman et une remise en cause de la politique menée n'est pas nécessaire.

 

Traduit de l'anglais par le Collectif HAMEB

 

 

Lu 3236 fois Dernière modification le mercredi, 19 novembre 2014 20:12

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